Bio d'Esharêh

 
 
 "En Fârsi (la langue Perse), Esharêh signifie littéralement allusion..."
 
L’ensemble Esharêh est un ensemble musical a géométrie variable qui propose des créations originales réunissant des artistes issus d’horizons culturels variés. 
Ici, les musiciens, qui jouent sur des instruments ne possédant pas la même grammaire musicale, se réapproprient les patrimoines culturels au nom d’une tradition orale vivante, et engagent une conversation dans une langue commune à tous :
celle de la poésie, langage universel d’une humanité célébrée. 
 
 

 

Le Miroir Déserté:

 

Est né de deux rencontres : celle entre cinq musiciens issus d'horizons différents mais réunis par une même complicité poétique et musicale ; et puis celle de trois grands poètes, chantres de l'Amour Courtois, que nous avons souhaité rapprocher malgré les siècles qui les éloignent : Machaut, Aragon, Apollinaire. Sept siècles séparent ces poètes et pourtant leur chant, la musique de leurs vers, l'essence de leur propos amoureux et chevaleresque les lient intimement et les rendent si semblables à nos oreilles.

Aragon n'a eu de cesse de se revendiquer de cette lignée des poètes médiévaux dont il était fervent connaisseur. « Dernier trouvère des temps modernes », sa poésie résonne comme un écho merveilleux à la voix de Guillaume de Machaut, « dernier trouvère des temps anciens ».

Apollinaire trouvant toute sa place dans cet alliage de vers et de chants voués à célébrer l'amour exclusif, absolu, tout entier dévoué à l'Aimée, qu'elle soit éloignée par la guerre, la croisade, inaccessible par son rang social, par la force de ces amours trop puissants pour le poète éperdu...

Des premières croisades médiévales, les chevaliers ont rapporté dans leurs bagages la lyrique orientale des plus grands poètes persans ; c'est elle qui donna naissance à notre fin'amor, l'amour courtois tel qu'il fut chanté par les troubadours et les trouvères. L'art de la chanson était né, cet art si bien décrit et repris par Aragon, qui consiste à assigner un cadre formel très défini, pour ne dépeindre que mieux un sentiment infini :

« Alors la rime reprend sa dignité parce qu’elle est l’introductrice des choses dans l’ancien et haut langage qui est à soi-même sa fin, et qu’on nomme poésie. Alors la rime cesse d’être dérision, parce qu’elle participe à la nécessité du monde réel, qu’elle est le chaînon qui lie les choses à la chanson, et qui fait que les choses chantent (...) Jamais peut-être faire chanter les choses n’a été plus urgente et noble mission à l’homme (...) A cette heure où la déraisonnable rime redevient raison. Réconciliée avec le sens. Pleine du sens comme un fruit mûr de son vin. »

Louis Aragon, in La Rime en 1940.

Comment se faire aujourd'hui les « passeurs » de cette lyrique de la fin'amor, de la chanson des XIVè et XXè siècles ? Nous avons réunis les instruments qui lui furent dévoués chacun en son temps : le zarb et autres percussions persanes, la flûte et la voix médiévales, la clarinette et la guitare électrique.

La première rencontre des cinq musiciens d'Esharêh se posait comme un défi : était-il possible de réunir ces sonorités différentes et les mettre au service d'un même chant ? La complicité des propositions musicales, de l'alliage des timbres, des voix, des chants ont été immédiats et nous ont surpris par leur unité, leur force et leur évidence. Le Miroir déserté était né...